
Il m'est parfois arrivé d'hausser le ton dans mon bureau face à des gens se permettant de mal me parler.. mais ceci est toujours resté très marginal.. et puis maintenant mon public commence à connaitre mon caractère..:d) J'estime être une professionnelle compétente.. donc quand je râle un peu mon public n'ignore pas qu'en définitive mon objectif est de solutionner au mieux leurs problèmes..mais que je ne tolère aucun manque de respect de qui que ce soit..
Une seule fois, il y a eu de la violence dans mon bureau.. celle d'un mari envers sa femme dont la lèvre éclatée et le coquard violacé me confirmait ce que je soupçonnais de leur fonctionnement.. je ne sais plus pour quel motif, devant moi il l'a menacée.. je me suis levée de mon fauteuil pour lui dire que j'étais témoin des menaces et que s'il touchait à un seul de ses cheveux, je témoignerai contre lui.. la grosse brute est partie en vociférant.. et avant qu'il ne revienne 1 heure plus tard, j'avais eu le temps d'informer cette jeune femme de 26 ans des dispositifs qui existaient si elle souhaitait le quitter..
Le jour où elle a eu ce courage incroyable.. elle a pris ses 5 gamins et est venue directement me voir au bureau.. et devinez quoi..? avec l'aide de mes deux autres collègues nous n'avons rien pu lui obtenir en hébergement d'urgence.. une femme et 5 gamins cela ne rentre pas dans les cases... nous avons remué ciel et terre ce jour là.. nous avons interpellé tous les responsables et partenaires.. rien à faire... jusqu'aux flics qui ne lui ont pas accordé de nuits d'hôtel
"parce que ces femmes là.. elles aiment les coups d'ailleurs, elles finissent toujours par retourner chez elles" Pour ceux qui se posent la question, j'ai abordé avec elle la contraception le peu de fois où sa brute l'a laissé seule avec moi.. mais épileptique, il y a contre indication avec toute forme de contraception..
Je me suis laissée emporter par ce souvenir, mais en fait je voulais aborder autre chose :
Aujourd'hui j'ai vraiment eu peur lors de ma permanence..
Il faut dire que je suis souvent seule, la salle d'attente donne sur la rue, et mon boss est dans un bureau qui se situe dans un autre bâtiment.. niveau sécurité il peut m'arriver n'importe quoi quand aucune de mes collègues n'est dans son bureau..
Bref, un jeune homme de 25/30ans attend.. Il est incroyablement baraqué et dénote physiquement de mon public habituel.. je devine une musculature hors norme sous son t-shirt. Il porte un bonnet sur lequel il a posé ses lunettes de soleil, une sacoche..il n'y a plus que lui et moi..
Je le fais entrer dans mon bureau et je sais déjà que je ne pourrais pas l'aider, je ne suis pas compétente pour les problèmes liés à l'activité comerciale..
Il touche le RMI et ne comprend pas que je ne puisse pas l'aider..
Il parle tout doucement.. cligne de l'œil sans cesse, et "n'entend" pas ce que je lui dis. Je reformule plusieurs fois calmement..
Il m'apprend qu'il sort de prison.. j'essaye de ne pas imaginer que c'est pour violences.. je ne lui demande pas d'ailleurs.. j'ai peur..
Je suis seule avec lui, et je pose mon diagnostic : il est "boder-line" je le sens, je le sais...violence silencieuse, son comportement m'oppresse.. il ne veut toujours pas admettre que je puisse aider tous les autres et pas lui...
j'essaye bien de me raisonner.. surtout rester égale, calme, avec un discours professionnel..
En espérant m'en débarrasser, je n'alimente pas la conversation, j'écoute.. inutile de reformuler à nouveau..
Je me lève pour signifier la fin de l'entretien.. il reste assis.. car frustré et mécontent, et toujours sa voix limite audible, et ses muscles que je devine.
C'est terrible de se sentir menacée et d'être seule à ce point.. il est même possible qu'un observateur n'eut pas du tout le même ressenti que moi, mais de nature je ne suis pas trouillarde et fais plutôt face aux grandes gueules ou agités avec assurance.. mais ce type me terrorisait et j'ai plutôt tendance à me fier à mon instinct dans ces cas là..
Il s'est finalement levé.. frustré et sans doute convaincu que je ne voulais pas l'aider.. je l'ai raccompagné à la porte comme je fais avec tout le monde.. il est parti..
Cette situation m'a interpellée.. en premier lieu parce que cette peur qui prend aux tripes je ne l'ai pas souvent vécue.. et que je ne peux m'empêcher de me demander si elle était fondée ou pas..
En tout cas déposer ici me permet d'évacuer..