C'est d'une émotion fulgurante dont je vais parler.. ce genre de choses qui vous sautent à la gueule au cœur et à l'âme sans qu'un instant vous ne vous y soyez préparé. Aucune explication cartésienne.. c'était du déjà vu déjà connu.. je savais d'avance ce que j'allais voir.. m'en réjouissais presque...
Ils sont arrivés sur la piste.. précédés par des filles pailletées et sautillantes..
La première chose que j'ai vue, est que leurs défenses étaient emprisonnées dans des étuis clinquants et brillants...
On leur avait teint le bas des pattes en noir.. de ridicules et éphémères bottes...
Affublés d'un tissu brodé sur le haut du crâne..
Et puis d'un coup.. je fus foudroyée par la conscience que j'eus de ces imposantes masses vivantes si loin de leurs racines, si peu respectées, si loin de leur environnement...
et j'ai capté.. capté le regard d'un de ces mastodontes.. qui obéissait mécaniquement sous les projecteurs.. un petit, tout petit oeil qui balayait rapidement le public.
J'ai observé.. ils étaient tous édentés...
Bon Dieu ! j'ai eu mal...
Une émotion brutale et une infinie tristesse que je ne pouvais maitriser, m'ont assaillie.. je me suis sentie seule entourée d'un public en liesse, à me demander comment on pouvait arracher à leur terres de tels seigneurs... j'ai volontairement refusé de m'évoquer par quels procédés les dresseurs arrivaient à les asservir, à les dominer ainsi.. à les écraser..
Juste penser à ce que les larmes ne coulent plus..
Et ne plus jamais retourner, même dans le cadre du travail.. même sous couvert d'un festival international.. et me comprendre.. comprendre pourquoi j'ai été aussi violemment atteinte.



















